Motsahic

"Quand on vous reproche une faute de français, répondez que c'est un latinisme."

Faites la dictée assassine !

Faites-vous dicter la Dictée du Furet – Polar Lens 2016, en écoutant le fichier ci-dessous !

Dictée assassine Polar Lens 2016

polarlensHier, dans le cadre prestigieux du Louvre-Lens, à quelques mètres des chefs-d’œuvre millénaires de la Galerie du Temps, une trentaine de mordus de l’orthographe ont participé à la troisième Dictée du Furet du Nord-Polar Lens et ont accepté de se soumettre au texte suivant.

Si le cœur (et la témérité !) vous en dit, rendez-vous ici pour une exquise séance de torture orthographique : je vous dicte le texte !

Le fond de l’ère effraie

Eh bien oui, disons-le sans détour : les motifs d’abhorrer notre époque sont légion… Nous ne parlons pas en l’occurrence des téléréalités bidon, où des dindes marseillaises et des serins chtis s’envoient des noms d’oiseaux à faire pousser des cris d’orfraie aux ornithologistes ; non plus que de ces légumes d’Hollywood – souvent bien mûres – qui, excellant dans les navets juteux, ont fait que leur oseille a crû. C’est que le vingt et unième siècle s’avérera, quoi qu’on en pense, l’un des plus sanguinaires qu’ait connus l’homo sapiens. Car si quelquefois l’homo, ça pense, c’est surtout à dégommer, dessouder, dézinguer ses semblables à coups de sacs, de plastics !   (Fin pour les juniors)

Témoin ces massacres qui se sont succédé sans répit dès l’Antiquité : on n’aura certes garde de sombrer dans le cynisme d’un Diogène ou toute autre ascèse du même tonneau – l’isme de Corinthe, pour ainsi dire ; pourtant, qui nierait que, leurs hoplites s’étant faits forts de sarisses aiguës et d’hélépoles maousses, les phalanges grecques fussent à deux doigts d’être mises à l’index ? Quant aux Latins, des Tarquins aux Constantins, entre onagres mortels et tortues malignes, nul doute que l’on ne conclue à des conquêtes rien de moins que bestiales. Seul peut-être le grave Numa Pompilius, face à sa nymphe adorée, eût pu dire : « C’était tragique, Égérie… »  (Fin pour les amateurs)

Durant la Grande Terreur, les hommes de la Montagne atteignirent des sommets en expédiant ci-devant et clercs à l’abbaye de Monte-à-regret – décollation obligée pour les bouffeurs de curé… Quid de nos contemporains ? Les Damascènes meurtris, le martyre de la fleur aleppine ensanglantée ne révèlent-ils pas à tous les droit-de-l’hommistes que le tyranneau et le marchand de canons, pleins d’hexogène et de chloropicrine, se sont toujours complu dans les boums, pourvu qu’il y eût un hème au bout ? Du Louvre-Lens à Abou Dhabi, seuls la culture et l’art pourront transcender nos vésanies et les carnages y afférents : après tout, quoique la technique d’Alexandre le Grand fût moins picturale que poliorcétique, qui se rappellerait ses plus belles victoires des années trois cent sans un Apelle ?                                                                                                                                                                (Fin pour les professionnels)

Variantes acceptées : Hé bien – télé-réalités – ch’tis – oiseau – s’avèrera – Homo – à coup – sac – plastic – mahousses – onagre mortel et tortue maligne – conclût – décollations obligées – Abou Dabi, Abū Dhabī, Abu Dhabi

Tests destinés à d’éventuels ex æquo

Sur le modèle de « marabout bout d’ficelle », allez du Louvre à Lens :

Louvre – ouvreau – rhovyl / Rhovyl – vilebrequin – kentia – thyade (fin juniors) – hadith – dithyrambe – embeurrée – rhénium – ommatidie (fin adultes amateurs)

Les adultes professionnels n’écriront que les mots suivants :

dictyoptère – terraqué – kérabau – bohrium – homilétique – thixotrope – opuntia – sialorrhée – rhéto-roman – mancenillier – hiérogrammate – amathie – thylacine – synarchie – shiitaké – quérulence – Lens

 © Julien Soulié

La version à laquelle vous avez échappé…

Julien FuretOn demande parfois aux auteurs de dictées comment ils créent et composent leurs textes, si cela leur prend beaucoup de temps… Pour ma part, tout dépend bien sûr du thème (est-il imposé ou libre?) et de l’inspiration (ou non!) qui s’ensuit… Quelquefois, la première mouture vient toute seule, en une heure ou deux le texte est – presque ! – définitif : des aménagements, des allégements sont apportés, quelques mots vaches sont ajoutés çà et là, au fur et à mesure que le texte se décante ; d’autres fois, l’accouchement est plus douloureux et peut prendre plusieurs jours…

Pour la dictée du Furet 2015, le mûrissement fut long, très long… Mais quand je me mis, un jour, sérieusement, devant l’ordinateur, le texte coula tout seul, presque de lui-même… Le peaufinage consista surtout à le raccourcir et à l’alléger de quelques pièges (et les mauvaises langues de se récrier : « Il en reste suffisamment! »)…

Voici d’ailleurs la version (non pas inaugurale, mais pas loin!) à laquelle vous avez échappé…

Vas-y, renais !

Qu’auraient pensé du siècle présent écrivains et artistes de la Renaissance ? Tout auréolée de ces* génies immortels, celle-ci se serait-elle reconnue dans notre époque, tel un gracieux visage dans une psyché au tain parfait ? Botticelli n’eût sans doute pu voir en peinture les péronnelles racoleuses de la Toile, pâlottes Vénus que les Grâces ont délaissées ; Léonard de Vinci, quelque futurible qu’il fût, eût déploré que Monna Lisa ne sourie plus qu’à des portables Bluetooth – sans parler des flashs* crépitant devant La* Cène – et Montaigne regretté que nous essayions de lui ressembler à coups* de selfies narcissiques !

(Fin juniors)

Quoi qu’il en soit, en ces temps où le tout technologique règne sans limites, il semble bien que feu les langues mortes meurent derechef : les bières et les poêles sont déjà sortis, les requiem et les De profundis* près d’être entonnés. Il n’est pas jusqu’à certaine ministre de l’Éducation nationale qu’on n’ait vue, au dire des thuriféraires de Socrate, administrer la ciguë aux études gréco-latines… Au temps pour les philhellènes lambda mais pas bêtas ! Car tous les soi-disant pygmalions, corpsards et dircoms qui bouchent les cabinets en ratiocinant à l’envi, sont-ils désormais autre chose que de polis techniciens, mus par des desseins moins humanistes que rationalistes ?

(Fin adultes amateurs)

Où s’en sont donc allés les mânes des Platon et des Virgile, des vertus desquels force quattrocentistes se sont nourris ? Quand les spéculations des requins du Nikkei – quoique iceux n’aient rien de lamies véritables – se sont-elles substituées à celles du philosophe sondant la profondeur des étants ? Lorsque la culture d’entreprise du pire ohnisme a supplanté celle professée au Lycée par le Stagirite, que demeure-t-il de l’épistémè* des Anciens* ? Seuls la connaissance, népenthès aux maux d’ici-bas et, en tant que tel, nonpareil dictame, et son corollaire, l’ouverture aux autres, pourraient voir nos sociétés renées : ne dit-on pas que la culture, en pleine déconfiture, moins on en a, plus c’est létal ?

(Fin adultes professionnels)

* Variantes acceptées : ses – flashes – la – à coup – de profundis – épistémê – anciens

Vas-y, renais !

dictée furet 2015Ce samedi, pour la quatrième édition de la Dictée du Furet, ils sont venus, nonobstant un franc soleil qui brillait sur Lille (si, si, c’est vrai!), pour tenter de déjouer les chausse-trapes de notre belle langue.

Cette année, en partenariat avec France Bleu et Lille3000, le thème de la dictée était « Renaissance ». Expérience inédite : la dictée fut retransmise en direct sur les ondes de France Bleu Nord entre 14h et 16h!

Voici donc le texte que les candidats et les auditeurs durent écrire… sans faute(s) !

Vas-y, renais !

Qu’auraient pensé du siècle présent écrivains et artistes de la Renaissance ? Tout auréolée de ces* génies immortels, celle-ci se serait-elle reconnue dans notre époque, tel un gracieux visage dans une psyché au tain parfait ? Botticelli n’aurait jamais, au grand jamais, pu voir en peinture les bimbos racoleuses de la Toile, piètres Vénus* que les Grâces ont délaissées ; Léonard de Vinci, tout futurible qu’il fut*, aurait déploré que sa Joconde ne sourie aujourd’hui qu’à des appareils photo* – sans parler des flashs* crépitant devant La* Cène – et Montaigne regretté que nous essayions de lui ressembler à coups* de selfies narcissiques !

(Fin juniors)

Quoi qu’il en soit, en ces temps où le tout technologique règne sans limites, il semble bien que les langues mortes meurent derechef : les bières et les poêles sont déjà sortis, les requiem près d’être entonnés. Il n’est pas jusqu’à certaine ministre de l’Éducation nationale qu’on n’ait vue, au dire des thuriféraires de Socrate, administrer la ciguë aux études gréco-latines… Au temps pour les philhellènes lambda mais pas bêtas ! Car tous les soi-disant pygmalions, énarques et dircoms qui bouchent les cabinets à l’envi, sont-ils désormais autre chose que de polis techniciens, mus par des desseins moins humanistes que rationalistes ?

(Fin adultes amateurs)

Où s’en sont donc allés les mânes des Platon, des vertus desquels force quattrocentistes se sont nourris ? Quand les spéculations des requins du Nikkei – quoique iceux n’aient rien de lamies véritables – se sont-elles substituées à celles du philosophe sondant la profondeur des étants ? Lorsque la culture d’entreprise du pire ohnisme a supplanté celle professée au Lycée par le Stagirite, que demeure-t-il de l’épistémè* des péripatétiques – un Eudème cérébral, peut-être ? Seuls la connaissance, népenthès aux maux d’ici-bas, nonpareil dictame, et son corollaire, l’ouverture aux autres, verraient nos sociétés renées : ne dit-on pas que la culture, en pleine déconfiture, moins on en a, plus c’est létal ?

(Fin adultes professionnels)

* Variantes acceptées : ses – vénus – fût – appareils photos – flashes – la – à coup – épistémê

Dictée assassine #2

Cette année encore, une quarantaine de pauvres victimes se sont prêtées au châtiment de la dictée du salon « Polar Lens », en partenariat avec le Furet du Nord. Voici le texte qui leur a été proposé ; les résultats furent… meurtriers !

Ces mots rares qu’on assassine !

  Header-PolarLens-1000x300-2015Préambule brûlant

Ô fan de suspense qui vénères les polars, convaincs-t’en et accroche-t’y : foi de concurrent masochiste, cet auteur de dictées là, quoique enflammé, ne saurait faire long feu ! Voilà des lustres que cette espèce d’illuminé de l’orthographe t’abat à coups* de calembours capillotractés – rappelle-toi notamment : « Il s’en faut d’un cheveu pour qu’un chauve sourie » – et qu’il t’étrangle dans des rets grammaticaux qui ne manquent pas d’air : du passé antérieur (elle eut été asphyxiée) au plus-que-parfait du subjonctif (elle se fût étouffée), que de pauvres accents tués !

(Fin juniors)

Chapitre 1 : Exorde empli d’exhortations

Mais brisons là les déclarations provocs ! Se débarrasser de l’esbroufeur est devenu des plus urgent : ce fat-né qui nous a corrigés, ne serait-ce point te faire une fleur que nous le rectifiions ? Et toi, qui t’es enfilé force thrillers yankees, où tels sévices à New York le disputent à une tuerie à Tucson, surseoiras-tu à ces pulsions funestes, dans les noirs méandres desquelles nos thanatos se sont complu ?

Chapitre 2 : Quid du modus operandi ?

Mais le moyen de l’envoyer ad patres ? Quels maux privilégierais-tu, face à ce baladin de l’étymologie ? En digne Locuste, irais-tu sans plus d’urbanité jusqu’aux vils champignons – pas une duxelles de girolles en l’occurrence, mais des amanites phalloïdes sans bon antidote ? À moins que, versée dans la strychnine, tu ne vinsses remettre au goût du jour l’affaire des Poisons… quitte à finir accusée à la Racine !

(Fin adultes amateurs)

Chapitre 3 : Si les thalles, ce n’est pas létal…

Nul cortinaire, nulle volvaire ne t’agrée, tu exiges des solutions plus trash ? D’autres expédients pourraient agir comme telles : avec le mancenillier ou l’œnanthe safranée, aucune chance que tu te plantes ; si tu veux mettre les gaz, montre un peu de phosgène ; et pour que ce grammairien nickel chrome eût du plomb dans la cervelle, un choke meurtrier ne messiérait pas. Que tu requières du raisiné, et voici un tuyau pour dézinguer : passe d’abord tombac et pacfung ; car pour que le macchab* se dépèce sans ciller, il faut mettre au rancart laguiole* et fuscine* : rien de tel qu’une scie au carborundum* de chez DuPont*… Sinon ce sera tintin !

Épilogue pour les spécialistes ès crocs

Au pis aller, un stylo(-)bille ou un stylo plume feraient l’affaire : un simple pluriel mal accordé l’achèverait plus sûrement que n’importe quelle esse !

(Fin adultes professionnels)

  * Variantes acceptées :  coup – macab – Laguiole(s) – laguioles et fuscines – Carborundum – Du Pont Ouvrages de référence :

  • pour l’orthographe : Le Petit Robert 2015 et Le Petit Larousse illustré 2015 (hormis les mots précédés d’un triangle)
  • pour la grammaire : Dictionnaire des difficultés de la langue française, V. Thomas, Larousse

Quelques indices sur cette dictée assassine :  

– Ô fan : devant un nom, on écrit ainsi le ô, appelé « ô vocatif ».

qui vénères : même si le pronom tu est sous-entendu, c’est bien toi qui vénères ; il faut donc accorder le verbe à la 2e personne du singulier.

convaincs-t’en : à la 2e personne du singulier, n’omettez pas le s de l’impératif pour ce verbe du 3e groupe ; en outre, attention à l’élision du pronom toi devant en (évitez les barbarismes *donne-moi z’en, *convaincs-toi z’en !).

– accroche-t’y : pour les verbes du 1er groupe, pas de s à la 2e personne du singulier de l’impératif (chante ! mange !) ; là encore, soyez vigilant(e) à l’élision du pronom toi devant !

– masochiste : formé sur le nom de l’écrivain autrichien Leopold von Sacher-Masoch, ce nom est souvent abrégé en maso.

– cet auteur de dictées là : la présence d’un complément du nom (de dictée) interdit l’emploi du trait d’union normalement obligatoire avec la particule (cet auteur-là).

– quoique enflammé : quoique ne s’élide que devant il, elle, on, un, une.

– cette espèce d’illuminé : malgré une erreur de plus en plus répandue, le nom espèce est bien féminin ; il faut donc dire une espèce de monstre et écrire cette espèce d’illuminé.

– capillotractés : cet adjectif plaisant, signifiant « tirés par les cheveux », vient d’entrer dans Le Petit Robert en 2015.

– sourie : la conjonction pour que impose le subjonctif, donc sourie (et non sourit, qui serait un présent de l’indicatif).

– rets : ce nom masculin, qui conserve son s final même au singulier, désigne un filet pour capturer du gibier, des poissons et, par extension, un piège.

– exorde (n. m.) : ce nom masculin désigne l’introduction d’une œuvre, l’entrée en matière

– des plus urgent : avec des plus, l’adjectif attribut demeure invariable si le sujet est un infinitif, comme c’est le cas ici.

– corrigés : l’accord du participe passé employé avec l’auxiliaire avoir se fait avec le COD placé devant, en l’occurrence nous.

– rectifiions : le subjonctif s’imposait ici ; ne pas oublier le i de la terminaison de 1e personne du pluriel (-ions), directement en contact avec le i du radical.

– New York : pas de trait d’union dans ce toponyme américain, contrairement à son dérivé New-Yorkais.

– Tucson : l’orthographe de ce nom d’une ville de l’Arizona ne pose guère de problème… contrairement à sa prononciation [tusɔn] (« tout sonne ») !

– noirs méandres : Méandre est un fleuve de la Grèce antique, situé aujourd’hui en Turquie. Le nom commun qui en est dérivé désigne les sinuosités d’un fleuve, d’une route, et, au sens figuré, les détours (de la pensée…). Attention : il est du genre masculin !

– desquelles : ce pronom relatif s’accorde avec son antécédent. Ici, l’antécédent n’est pas méandres, mais pulsions : il fallait donc mettre le pronom relatif au féminin pluriel !

– thanatos (n. m.) : en psychanalyse, ce nom (issu du nom du dieu grec de la mort Thanatos) désigne l’ensemble des pulsions de mort.

– Locuste : Locuste était une célèbre empoisonneuse sous l’empereur romain Claude (-10/54). Elle aida l’épouse (et nièce !) de ce dernier, Agrippine, à l’empoisonner avec un plat de champignons. L’identification de la destinataire de la dictée avec Locuste impliquait donc le féminin, d’où l’accord des participes versée et accusée.

– duxelles (n. f.) : hachis de champignons de Paris, d’oignons et d’échalotes étuvés au beurre.

amanite (n. f.) phalloïde : le plus vénéneux des champignons.

– antidote (n. m.) : attention au genre de ce nom !

– strychnine (n. f.) : cet alcaloïde toxique extrait de la noix vomique a une orthographe particulièrement… empoisonnante !

– l’affaire des Poisons : série d’affaires d’empoisonnement qui, entre 1670 et 1680, furent découvertes lors du procès de la marquise de Brinvilliers, célèbre empoisonneuse. Tous les milieux furent compromis, y compris ceux de la cour, à tel point que l’enquête publique fut close. Trente-quatre condamnations à mort furent prononcées. Parmi les célébrités impliquées, se trouvait notamment le dramaturge Jean Racine (ce qui explique la majuscule dans à la Racine) !  

– thalles (n. m.) : le thalle est l’appareil végétatif des champignons, des algues, des lichens.

– cortinaire (n. m.) : champignon très répandu dans les forêts. Le cortinaire de Berkeley est comestible, le cortinaire des montagnes, mortellement toxique.

– volvaire (n. f.) : variété de champignon à lames. La volvaire gluante est vénéneuse.

– mancenillier (n. m.) : appelé aussi arbre de poison, arbre de mort, le mancenillier produit un latex très vénéneux.

– œnanthe (n. f.) : plante herbacée aux racines vénéneuses.

– phosgène (n. m.) : gaz incolore, très toxique.

– choke (n. m.) : abréviation de choke-bore, qui désigne l’étranglement à l’extrémité du canon d’un fusil de chasse.

– tombac (n. m.) : alliage de cuivre de zinc.

– pacfung (n. m.) : alliage naturel de cuivre et de nickel. Attention à la prononciation : [pakfɔ̃] (« pack-fond ») !

– laguiole (n. m.) : couteau à longue lame effilée. Là encore, attention à la prononciation : [lajɔl] (« la yole ») !

– fuscine (n. f.) : trident, emblème du dieu Neptune.

– carborundum / Carborundum (n. m.) : carbure de silicium utilisé comme abrasif (nom déposé).

– DuPont / Du Pont : DuPont de Nemours est la première société de produits chimiques du monde.

– ès crocs : les crocs annonçaient l’esse de la fin du texte ! Écrire escrocs n’avait ici guère de sens…

– n’importe quelle esse : l’esse (nom féminin) désigne ici un crochet en forme de S.

Dictée du Furet #3 : Tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai ma dictée!

À 11 heures, ce samedi 20 septembre 2014, une trentaine de masochistes de l’orthographe se sont réunis en cette heure matutinale pour la troisième édition de La Dictée du Furet, placée cette année sous l’égide des Journées du patrimoine… Voici le texte qu’ils ont dû écrire, et qui ne les a pas laissés… de marbre !

 

À la mémoire de Daniel De Ridder, grand champion qui eût sans doute fait zéro faute…

 

Concert de rocs

 Le refrain estpavé mai 68 connu : il y a belle lurette que nous ont jetées ceux qui n’ont jamais péché ! Minuscules cailloux du Petit Poucet semés çà et là ou pavés des barricades de Mai* 68, nous roulons nos bosses et amassons mousse… D’alluvions ballottées en galets baladés, nous sommes d’infatigables globe-trotteuses ! Depuis le néolithique (et bien avant : témoin les silex de Cro-Magnon), nous fûmes érigées en menhir(s), voire en obélisque(s) pointé(s) tels des doigts mystérieux vers l’immensité céleste : les humains se sont investis en nous, les pierres ! Et si toi qui nous admires parfois ne t’en convaincs pas, alors laisse béton !

(fin pour les juniors)

Quelles que soient les dents de laie(s) qui nous aient fait souffrir pour que nous devenions parpaings ou boutisses, nous sommes bâties à chaux et à sable ; qu’on n’en conclue pas pour autant que nous ayons un cœur de granit*, tant s’en faut : plus d’un moellon témoignerait de notre tendreté ! Que dûment on nous épaufre, nous épannelle, peu nous chaut ! Qu’importe qu’entre quat’z’yeux* avec Méduse vous vous pétrifiiez ! L’histoire parle pour nous : puisque l’auguste Capitole est à un jet de pierre de la roche Tarpéienne, qu’on n’ait garde d’oublier le sphinx de Gizeh*, le krak des Chevaliers, ni même les immeubles haussmanniens… Devant de tels chefs-d’œuvre, qui pourrait rester de marbre ?

(fin pour les adultes amateurs)

Sûrement pas les super-héros céans réunis ! Rompues aux dictées adamantines pour les calembours desquelles chacun se fût volontiers damné, les stars de la grammaire ne se sont-elles pas élevé, bâti sur le roc, un temple de culture lexicale ? En botanique, pour se muscler les synapses, elles préfèrent l’arroche et l’épiaire aux tétragones cornues ou aux crosnes biscornus* ; en géographie française, elles n’ignorent rien du Caillou ni du Rocher ; sur l’échelle de Mohs, fût-ce en allant jusqu’au bort, la syénite ni l’apatite ne sauraient être une pierre d’achoppement orthographique – même les fins de moye* difficiles, elles connaissent ! À mille lieues d’un nome tel que l’île de Rhodes, nul doute que le moindre grain de sable ne messiée à ces colosses aux pieds d’argile…

(fin pour les adultes professionnels)

* Variantes acceptées : mai – granite – quat’z-yeux – Guizeh, Guizèh – au crosne biscornu – moyes, moie, moies

 

Quelques explications pour que vous ne me jetiez pas la pierre !

  • Concert de rocs: Il n’était question nulle part de musique dans le texte, mais bien plutôt de pierres, de cailloux, de… rocs ! Concert a ici le sens un peu ancien de « ensemble harmonieux » (comme dans concert de louanges).
  • nous ont jetées : nous étant COD, le participe passé doit s’accorder avec lui ; ici, il s’agissait des pierres qui s’exprimaient tout au long du texte.
  • alluvions ballottées : attention au nom alluvion qui, comme colluvion, est féminin. N’oubliez pas non plus les doubles consonnes dans ballottées. (La nouvelle orthographe n’a pas été retenue.)
  • baladés : balade (et le verbe balader) ne prend qu’un l quand il désigne une promenade ; la ballade avec deux l est un genre de poème.
  • témoin : lorsqu’il est devant le nom auquel il renvoie, témoin reste invariable.
  • obélisque (n. m.) : attention au genre de ce nom, masculin, comme son comparse astérisque !
  • toi qui nous admires : qui est-ce qui admire ? Qui, mis pour toi, sujet de convaincs: veillez donc à ne pas omettre le s à la fin du verbe.
  • convaincs : c’est bien toi qui te convaincs, même si le pronom sujet tu est sous-entendu ; attention, donc, à ne pas omettre le s de la 2e
  • laisse béton : l’impératif des verbes du 1er groupe à la 2e personne ne prend pas de s, contrairement à l’indicatif.

 

  • laie(s) (n. f.) : entre autres homonymes, ce nom désigne un marteau de tailleur de pierres.
  • boutisse (n. f.) : pierre taillée placée dans un mur selon sa longueur. À ne pas confondre avec son homonyme le boutis (ouvrage d’étoffe brodée et matelassée).
  • qui nous aient fait souffrir: le participe passé du verbe faire suivi d’un infinitif reste toujours invariable.
  • qu’on n’en conclue pas: ne pas oublier le n’ de la négation. Conclue est ici à la 3e personne du subjonctif et prend donc un
  • moellon (n. m.) : pierre de construction. Comme dans moelle, pas de tréma sur le ! Attention à la prononciation de ce nom « moilon ».
  • plus d’un moellon témoignerait : avec plus d’un l’accord du verbe se fait au singulier (sauf s’il exprime une réciprocité et donc une pluralité : Plus d’un élève se sont insultés).
  • épaufrer : érafler, écorner (une pierre de taille) d’un coup mal appliqué.
  • épannelle : le verbe épanneler désigne en sculpture le fait de dégrossir (un bloc de pierre).
  • chaut : 3e personne du singulier d’un vieux verbe, chaloir, qui signifie « importer » et que l’on ne trouve plus guère que dans l’expression « peu me chaut ».
  • pétrifiiez : là encore, le verbe est au subjonctif : n’oubliez pas le i de la 2e personne du pluriel !
  • L’auguste Capitole est à un jet de pierre de la roche Tarpéienne : le Capitole était l’une des sept collines de Rome et devint le centre religieux de la Rome antique. Au sud-ouest, du côté du Tibre, se trouvait la roche Tarpéienne, d’où l’on précipitait les criminels. Le proverbe latin « Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne » (Arx tarpeia Capitoli proxima) signifie que tous les honneurs et la célébrité n’empêchent pas la chute et la décadence.
  • qu’on n’ait garde : attention à ne pas oublier le n’ dans cette tournure littéraire signifiant « se garder de ».
  • krak (n. m.) : château fort des croisés, établi au XIIe siècle en Syrie.

 

  • aux dictées (…) pour les calembours desquelles : l’accord du pronom relatif est ici un peu compliqué ! Il faut chercher son antécédent : or, en l’occurrence, ce n’est pas calembours mais bien dictées ; d’où l’accord au féminin pluriel.
  • se fût damné : conditionnel passé 2e forme ; ne pas oublier l’accent circonflexe à la 3e personne !
  • arroche (n. f.) : plante comestible, appelée aussi épinard sauvage.
  • épiaire (n. m.) : plante des bois et des marais, telle que le crosne.
  • tétragone (n. f.) : plante potagère parfois appelée épinard d’été.
  • Caillou (…) Rocher: le Caillou (avec majuscule) désigne la Nouvelle-Calédonie. Le Rocher (avec majuscule aussi) désigne la principauté de Monaco.
  • échelle de Mohs : échelle mesurant la dureté des minéraux (de 1 pour le talc à 10 pour le diamant).
  • bort (n. m.) : diamant présentant un défaut et utilisé comme abrasif.
  • syénite (n. f.) : roche grenue, de couleur blanche, rosée ou rouge.
  • apatite (n. f.) : phosphate de calcium en cristaux ou agrégats.
  • moye (n. f.) : couche tendre au milieu d’une pierre.
  • nome (n. m.) : ancienne division territoriale de la Grèce moderne.
  • nul doute que () messiée : après « nul doute que » on utilise le subjonctif avec la particule ne.

Une dictée polar assassine !

polar lensEn préliminaire au Salon du Polar qui se tiendra à Lens les 29 et 30 mars prochain, Le Furet du Nord et la Médiathèque m’ont demandé de « plancher » sur le thème du Polar ! Voici donc le texte sur lequel les quelque 45 candidats ont sué sang et larmes!

Et vous, tout innocents que vous êtes, de combien de fautes vous rendrez-vous coupables ?

Pas de phalaenopsis* pour miss Blandice

En découvrant la scène, Monna Lisa se fût sans doute départie de son sourire empreint de mystère et la Liberté de Delacroix en eût perdu son bonnet phrygien : le macchabée, encore dégouttant de raisiné et bariolé d’ecchymoses violacées, évoquait plutôt, en l’occurrence, le Bacon le plus cru… Au milieu des meubles Empire d’un bon appart – un quatre-pièces cuisine bruxellois acquis sur une idée de génie –, gisait le corps de miss Blandice, près d’une scribanne en ébène polie et de polars épars sur le tapis plain. Critique pas toujours dithyrambique, folliculaire patibulaire, la demoiselle aux épithètes fleuries – ou ce qu’il en restait, une nature morte cubiste déstructurée – trônait parmi les pétales fanés de ses néotties et les pages froissées de ses mémoires méconnus.

Sur la scène de crime avaient été dépêchés concomitamment un expert ès homicides mafflu ainsi que, va-t’en savoir pourquoi, un grammairien chenu, taraudé par les problèmes des rections. Plus accoutumé aux problèmes de « sous » et de « près » qu’aux affaires d’oseille du landerneau littéraire, celui-ci entendait néanmoins faire le Poirot, afin que sa course à l’échalote fructifiât auprès de telle ou telle légume haut placée…

Feu miss Blandice s’étant avérée une jeunotte insouciante et étant morte intestat, on n’avait retrouvé aucunes dernières volontés ; aussi redouta-t-on qu’une kyrielle d’ayants cause se jetât sur la fortune du de cujus, estimée à quelque quatre cent cinquante-sept mille euros net. Faisant fi des impedimenta de la procédure, notre linguiste suranné détonna en s’époumonant sans ambages, parfait dans son imparfait : « Il serait temps que je m’y misse ! »                   (fin adultes amateurs)

Quid du modus operandi ? Quelle arme le scélérat avait-il utilisée ? s’étaient aussitôt demandé nos détectives. Sûrement pas un kriss*, nulle Malaise n’ayant été vue alentour*. Une espèce de navaja effilée, de scramasaxe aigu ? Et si l’estoc n’était pas adéquat, peut-être fallait-il réfléchir aux scies ? Quoi qu’il en fût, la tâche s’était vu accomplir par un champion de la coupe, ce qui fit dire à notre puriste facétieux : « Palsambleu ! Quel qu’il fût, il est des plus patent qu’icelui était un tueur en scierie ! »

La liste des suspects, tout exiguë qu’elle fut*, s’avéra haute en couleur : Leblanc voisinait avec Leroux – ce qui laissa la rousse à court de mots, lorsqu’elle interrogea un Dard piqué au vif pour tourner enfin autour d’un Poe ; en vain : tous les alibis étaient béton et pas bidon…

« Eurêka ! » lança de but en blanc le poulet dodu en pointant notre gendelettre.

Celui-ci venait de repousser du pied avec dédain les libelles mortels de la péronnelle, ces œuvrettes tissues de solécismes et d’hendiadyins ampoulés qu’il ne supportait plus…

« Des affaires cheloues et des meurtriers zarbis, j’en ai vu ! Mais çuilà, il est vraiment gonflé ! » conclut le bourre soufflé.                      (fin adultes professionnels)

* Variantes acceptées : phalaénopsis – criss – à l’entour  fût

Une dictée de folie !

gustave-courbet-autoportrait-desespereEn préambule à la Semaine de la langue française, la médiathèque de Tourcoing m’avait demandé de rédiger une dictée sur le thème de la folie et en relation avec la manifestation « Dis-moi dix mots » (en gras dans la dictée). Voici donc le texte auquel ont dû se colleter les quelque 40 candidats hier, à Tourcoing… Comme le vous verrez peut-être, il y avait çà et là des raisons de frôler la déraison!

La diagonale du fou

 Nul besoin, en l’occurrence, d’être un fan de roque* pour connaître la musique : qu’il s’agît ou non d’échecs, quelques bizarroïdes épithètes qu’on ait employées – azimuté, siphonné ou maboul* –, les fous furent toujours ceux que les bonnes gens avisés ont imaginés zigzaguant hors du droit chemin de la rationalité. Les hommes de Neandertal chassant l’aurochs ne nous paraissent-ils pas déjà un peu marteaux avec leurs bifaces acérés ? Dans l’Antiquité, plus d’un comédien sorti de la cuisse de Jupiter se serait récrié : « Aucunes dionysies sans affolantes ménades folâtrant à tire-larigot ! » Et que fût Bacchus devenu sans ses satyres un tant soit peu brindezingues ?

(fin juniors)

Quant à nos rois hurluberlus tel Charles VI le Fou, entre Jean sans Peur et la guerre de Cent Ans, quelle marotte ont-ils laissée* aux bouffons pleins* d’une insanité pourtant toute révérencielle ? Aujourd’hui, dans nos sociétés ultrasécurisées, certes chacun corsète jusqu’à sa loufoquerie la moins aiguë afin d’agir a priori sensément : mais qui oserait prétendre qu’il ne bat jamais la breloque – les tic-tac qui rendent toc toc, pour ainsi dire ? Si je faux à mon devoir d’homo sapiens du vingt et unième siècle et que je défaus, extravagué-je irrémissiblement ? Or comment vainc-t-on les coquecigrues de l’existence ? Seul(e) ? Voire… Nous avons tous besoin d’un alter ego, s’avérât-il un fol allié !

(fin adultes amateurs)

Toutefois – révérence parler –, quel ouf, quel sinoque*, quel frappadingue pourrait nous aider à ne pas sombrer dans le pithiatisme ou l’athymhormie ? Un postier un peu timbré, recommandé pour les lettres exprès mais dûment affranchi au stellionat par d’effarants dols ? Une piquée de la tarentule, surfant sur la Toile en quête d’épeires diadèmes ou de crabes araignées ? Une toquée du caf’conc’ qui ambiançât les Folies-Bergère, telle qu’un Trenet et une Mistinguett ? Ou un fêlé de linguistique spécialiste du khoin et du vrai mandingue ?… Brisons là, assez de fariboles : plût à Érasme et à son ami More que vos encéphales chahutés par tant de vésanie* ne devinssent point les loges de la folie…

(fin adultes professionnels)

* Variantes acceptées : roques – azimutés, siphonnés ou mabouls – quelles marottes ont-ils laissées – au bouffon plein – cinoque – vésanies

 

Tests destinés à départager les éventuels ex æquo

1.    Il faudrait être « fou » pour ne pas savoir orthographier les mots suivants :

une fourmi – le père Fouettard – chafouin – une fourgonnette – un fournil – à califourchon

2.    Soyons « fous » et continuons avec les adultes amateurs :

un cul-de-four – un jean-foutre – le fouriérisme – une échauffourée – une fouëne – un alquifoux

3.    Pour les « malades » de l’orthographe, il faudra prendre soin des termes ci-dessous :

le tædium vitæ – le kuru – l’alexithymie – l’hébéphrénie  – le syndrome de Münchhausen – la maladie de Creutzfeldt-Jakob – un rorschach – la trichotillomanie – le mérycisme – l’héboïdophrénie

Quelques précisions pour les fous de dictée :

–        occurrence : attention à ne pas omettre les deux doubles consonnes !

–        roque (n. m.) : le roque consiste, au jeu d’échecs, à placer l’une de ses tours à côté de la case du roi et faire passer celui-ci de l’autre côté de la tour, lorsqu’il n’y a aucune autre pièce entre eux. Il n’était nulle part question de « rock » dans la dictée ; en revanche, le titre et la suite de la phrase évoquaient les échecs : la graphie roque était donc la seule possible !

–        qu’il s’agît : le verbe est ici conjugué à l’imparfait du subjonctif.

–        bonnes gens avisés : quel nom bizarre que gens : les adjectifs le précédant se mettent au féminin, ceux qui le suivent sont au masculin !

–        zigzaguant : il s’agit ici du participe présent (qui exprime une action, car c’est une forme verbale), et non de l’adjectif qualificatif zigzagant.

–        rationalité : un seul n, contrairement à rationnel ! Tout cela n’est pas très… logique !

–        aurochs : cette espèce bovine éteinte prend un s même au singulier (comme temps, poids, remords, mets…).

–        bifaces acérés : biface est un nom masculin désigne un outil de silex taillé sur ses deux faces.

–        plus d’un comédien () se serait récrié : plus d’un impose l’accord au singulier, sauf devant un verbe pronominal exprimant une réciprocité (« Plus d’un enfant se sont disputés »), ce qui n’est pas le cas ici.

–        aucunes dionysies : aucun est toujours au singulier… sauf quand il se trouve devant un nom qui n’existe qu’au pluriel (« aucuns frais », « aucunes fiançailles »), en l’occurrence dionysies, qui désigne les fêtes célébrées en l’honneur de Dionysos, dieu grec du vin et du théâtre. (On dit encore les dionysiaques).

–        ménades (n. f.) : les ménades étaient les prêtresses de Dionysos ; on les appelle aussi bacchantes ou thy(i)ades.

–        fût  (…) devenu : il s’agit ici du conditionnel passé 2e forme (équivalant à « serait devenu »), et non du passé antérieur. L’accent circonflexe s’imposait donc afin de distinguer ces deux temps.

–        tel Charles VI : tel s’accorde avec ce qui suit.

–        ultrasécurisées : le préfixe ultra, utilisé comme intensif, se soude au terme qu’il modifie.

–        corsète : les verbes -eter prennent pour la plupart deux t dans leur conjugaison, mais pas corseter, de même que acheter, fureter, haleter et quelques autres.

–        aiguë : le féminin des adjectifs aigu, ambigu, contigu et exigu prend un tréma sur le e (et non sur le u).

–        a priori : comme dans a posteriori et a fortiori, le a ne prend pas d’accent car il s’agit dans ces locutions de la préposition latine.

–        sensément : de manière sensée, c’est-à-dire conformément au bon sens.

–        battre la breloque : la breloque est un petit bijou fantaisie qu’on attache à une chaîne de montre. L’expression vieillie battre la breloque signifie « être dérangé, un peu fou ».

–        je faux : présent archaïque du verbe faillir, encore présent dans Robert. On utilise plutôt de nos jours la forme je faillis.

–        défaus : même remarque que ci-dessus, avec le verbe défaillir… mais attention à la différence de terminaison !

–        extravagué-je : lorsque le pronom personnel sujet je est postposé, dans le cas des verbes du 1er groupe au présent, le e devient é… mais se prononce avec un è ouvert !

–        coquecigrues (n. f.) : mot archaïque signifiant « balivernes, absurdités ».

–        s’avérât-il : cette forme est à l’imparfait du subjonctif, qui exprime ici une concession (même s’il s’avérait…).

–        un fol allié : écrire « un fol à lier » était impossible, car la forme de masculin fol ne se trouve que devant un adjectif commençant par une voyelle ou un h muet (fol élève, fol homme).

–        quel ouf, quel sinoque, quel frappadingue pourrait : lorsque des sujets juxtaposés se trouvent en gradation, le verbe s’accorde avec le plus proche (en l’occurrence « frappadingue »).

–        pithiatisme (n. m.) : ensemble de troubles liés à l’hystérie.

–        athymhormie (n. f.) : état d’indifférence affective apparente du schizophrène. On dit aussi athymie.

–        stellionat (n. m.) : en droit, le stellionat est la fraude consistant à vendre ou hypothéquer un immeuble dont on sait n’être pas propriétaire, ou à présenter comme libre un bien hypothéqué.

–        effarants dols : le dol désigne les manœuvres frauduleuses destinés à surprendre et tromper une personne pour lui faire prendre un engagement qu’elle n’aurait pas pris. Écrire ici « des farandoles » n’avait guère de sens !

–        piquée de la tarentule : l’expression obsolète être piqué de la tarentule signifie « être fou ».

–        telle qu’un Trenet et une Mistinguett : tel que s’accorde avec le nom qui précède, en l’occurrence « une toquée ». Attention, en outre, à l’orthographe de Trenet (pas d’accent) – surnommé « le fou chantant » – et de Mistinguett, pseudonyme de Jeanne Bourgeois.

–        khoin (n. m.) : famille de langues parlées dans le sud de l’Afrique par les Bochimans et les Hottentots. (On dit aussi khoisan.)

–        mandingue (n. m.) : groupe de langues nigéro-congolaises. (On dit encore mandé.)

–        Érasme et son ami More : Didier Érasme (en latin Desiderius Erasmus), humaniste hollandais (1469-1536), est l’auteur de l’Éloge de la folie, qu’il dédia à son ami Thomas More, humaniste anglais (1478-1535), surtout connu comme l’écrivain de l’Utopie.

–        vésanie (n. f.) : terme littéraire signifiant « aliénation, folie » (au sens large).

–        les loges de la folie : malgré la présence d’Érasme dans la phrase, « l’éloge de la folie » n’aurait guère de sens ici ! Il s’agit bien plutôt des loges qui désignent en anatomie une cavité contenant un organe (ici, l’encéphale).

Une dictée pour étaler sa science…

maths-le chatLe samedi 19 septembre, pour la dictée de Silly, en Belgique, le professeur de lettres classiques que je suis avait forcément rédigé une dictée sur… les mathématiques !

Ne prenez pas la tangente en la lisant !

Échec(s) et math(s)*

 Au dire des pythonisses de mauvais augure qui, dès les années quatre-vingt, se sont succédé dans les trois quarts des JT* de notre orbe terraqué, la patrie de Descartes et les maths, ça ferait deux ! En algèbre comme en géométrie, en trigo comme en probas, sous quelque angle qu’on le voie, l’Hexagone, a-t-on ouï dire du Triangle d’or au triangle des Bermudes, avec ses quelque soixante-cinq millions d’habitants ne tourneraient pas rond et feraient triste figure… Quoiqu’on ne s’en laisse pas conter, le constat est là, des plus accablants : nous serions devenus à demi ramollos en sciences dures et près d’aller nous rhabiller, tant sont nombreux, en l’occurrence, les impairs que nous avons enfilés en cinq sec : l’arithmétique, bernique ! Les tables de multiplication, bidon ! Le calcul mental, bancal ! Gauss et Boole, pas cool(s) !

 Dès le primaire, il serait peu douteux que nous multipliions sur nos copies, comme l’oint du Seigneur les pains dans l’Évangile selon saint Matthieu, les zéros incarnats ou grenat et autres bulles pas pâles – de quoi nous brouiller avec quelques cocos archidoués qui trouvent déjà un neuf dur à avaler ! Les sciences, en déshérence, ainsi que leur enseignement, seraient entrées dans un cercle vicieux ; comment, dès lors, ne pas prendre la tangente ? Siérait-il donc qu’un aîné, nourri au sein de math élém*, nous extraie à la six-quatre-deux une racine cubique, pour qu’on ne lui fît pas la tête au carré ? Qu’un collégien un peu bovin, ayant tâté du pi* avec des vaches de profs, ne perdît pas la boule grâce à son aire impeccable ? Que, fruit vert déjà aux pommes, un taupin polytechnique – élève sans nulle conteste vouée au génie – mît en parallèle les géométries riemannienne et non euclidiennes* ?

 Mais foin de pipo(s), la musique est connue ! Au reste, nul besoin d’être corpsard ni de jouer les filles d’Euler pour laisser entrevoir des courbes gracieuses ; inutile de sauter sur des Mines pour s’éclater avec un cube de Rubik, de se croire fichu(e) parce que évidemment on a oublié son Chasles, ni de s’enivrer de Neper pour se dire « Et nos logs ? » ! Quant aux experts ès dictées du Cercle d’OR, face à une certaine proposition, ils ne font ni une ni deux, ils laissent ledit lemme pour savourer les éternelles blandices des mots : ces numéros ne préféreront-ils pas toujours aux hendécagones Antigone et ses frères et sœur ? Aux quadrants, les tic-tac spleenétiques d’une neuchâteloise baudelairienne ? Aux obscures affixes, les subtiles synalèphes ? Aux différentiations, tels et tels poétereaux indifférenciés ? Pourtant, y a-t-il un si grand écart entre gendelettres* et matheux ? Tous équipollents dans la précellence, quel que soit leur violon* d’Ingres, ne se régaleraient-ils pas d’une dictée qui s’intitulât « La* Grande Ode à l’X * » ?

* Variantes acceptées :  Math(s) – J.T. – élem – π – non-euclidiennes – gens de lettres – quels que soient leurs violons d’Ingres – la – x

 

Tests destinés à départager d’éventuels ex æquo

1. Écrivez les neuf mots suivants, tous en rapport avec les mathématiques ou la logique :

abscisse – prémisse – isobarycentre – bissectrice – logarithme  – homothétie – ennéagone – enthymème – rhombe

2. Écrivez et donnez le genre des dix noms suivants :

lemniscate (F) – nabla (M) – mantisse (F) – ellipsoïde (M) – épicycloïde (F) – patatoïde (M) – hyperboloïde (M) – paraboloïde (M) – conchoïde (F) –  hélicoïde (M)

3. Pour les fées du « logie », écrivez chaque mot et précisez son objet d’étude scientifique :

l’ichtyologie : les poissons – la palynologie : les pollens – la molysmologie : les pollutions – l’ichnologie : les traces laissées par les animaux (pistes, excréments, débris de repas…) – la téphrochronologie : la datation grâce aux cendres des volcans

La dictée du Furet est repassée par là!

photo-dictée-Furet-2225Parrainée par les éditions Larousse, la Dictée du Furet #2 a réuni le 21 septembre une quarantaine de candidats qui se sont affrontés au texte suivant…

Bonne chance !

L’heureux hyménée d’un nomophobe

« Le dico pour tous ! » : telle est l’apostrophe qu’avaient lancée cet* après-midi-là maints accros de grammaire, s’époumonant en chœur lors d’une manifestation hérissée de panonceaux évidemment… sans fautes ! La plupart brandissaient à l’envi ce parallélépipède long de vingt-cinq centimètres pour quelque deux kilos et demi, aux pages crème ou rose fuchsia ; et parmi toutes ces bonnes gens bigarrés, plus d’un, poète, mots-croisiste ou simple amoureux du français, réclamait à cor et à cri l’égalité pour tous devant l’orthographe. Mais ici, chacun voulait que sa relation aux mots devînt un mariage gai : aussi, nul esclandre, nulle échauffourée, nulle ecchymose due à des bleus portés sur les bourre-pifs n’entacha cet unisson… ni aucune de ces fautes de frappe* qu’eût corrigées la rousse !

(fin pour les juniors)

C’est donc au milieu d’une foule haute en couleur que, se faisant ballotter et zigzaguant dans cet insolite hourvari, ils s’étaient connectés en deux œillades(-)éclair, prémices à un coup de foudre au sein de la Ville lumière ! Quoique ce ne fût pas écrit d’avance, ils s’étaient plu aussitôt, quels que pussent être les dissensions et autres différends à venir… Une connexion sans fil, pour ainsi dire, s’était établie entre Aimé, auteur éditeur spécialiste ès étymologies, et Camille, fana de nouvelles technologies agrippé à son Smartphone*. D’un point de vue généthliaque, l’un était un Verseau à la page, l’autre un Poissons accro aux macros*, et ils s’étaient vite tendrement donné, d’un côté du « mon gros rat de bibli », de l’autre du « ma petite souris d’ordi » !

(fin pour les adultes amateurs)

 Lorsque Aimé se plongeait dans le romantisme ébouriffant des vénérés Mémoires de Chateaubriand, entrant de plain-pied dans l’univers cité, Camille boostait sa carte mémoire ou travaillait à la FAQ* de tel ou tel site ; et pour peu que l’addict aux dicos échangeât quelque épithète amère avec son nerd incurable, des réponses gazouillantes lui arrivaient via des Tweet*… Ensemble, ils avaient ainsi exploré le b.a.-ba de la carte du Tendre grâce à un processeur double cœur et ils avaient croqué la pomme – McIntosh ou boskoop*, va-t’en savoir ! – sur leur Apple ; ensemble, dans le droit(-)fil de la Toile, ils s’étaient vus vaincre les vils spammeurs, tels de* preux chevaliers de la Table ronde (ou plutôt de la tablette* rectangulaire)… car une netiquette*, ça se respecte !

Vit-on jamais conjungo plus étonnant ? Quoi qu’il en fût, nos tourtereaux ne buggèrent pas devant madame la maire, buzzèrent ad vitam æternam* et firent plein de petits livrels…

  (fin pour les adultes professionnels)

* Variantes acceptées : cette – frappes – smartphone – au macro – Faq, F.A.Q. – Tweets, tweets – boscop  – deux – Tablette  – nétiquette – ad vitam aeternam

Quelques précisions… lexicographiques : 

hyménée (n. m.) : attention au genre de ce nom obsolète, synonyme de « mariage » (on trouve aussi la forme hymen) : « Vous voyez en quels lieux vous l’avez amenée. / Tout y ressent la guerre, et non point l’hyménée. » (Racine, Iphigénie).

nomophobe : néologisme du Petit Larousse 2014, il est (mal !) formé sur l’anglais no mobile et le grec phobos et désigne quelqu’un qui ne peut vivre sans son téléphone portable. Il n’était nullement question dans la dictée d’homophobie, les deux personnages étant eux-mêmes homosexuels : écrire « d’un homophobe » était donc un contresens !

panonceaux : même si le nom panneau prend deux n, le panonceau, lui, n’en a qu’un ! Ne tombez plus dans… le panneau !

la plupart brandissaient : avec la plupart, l’accord se fait toujours au pluriel, même s’il n’est suivi d’aucun complément du nom.

– toutes ces bonnes gens bigarrés : Ah, l’accord retors que voilà ! Devant le nom gens, l’adjectif se met au féminin ; derrière, il est au masculin !

plus d’un : l’accord se fait au singulier (plus d’un est venu)… contrairement à moins de deux (moins de deux sont venus) !

– mots-croisiste : synonyme de « verbicruciste » (auteur de mots croisés) ou de « cruciverbiste » (amateur de mots croisés).

bourre-pifs : mot familier désignant une bagarre à coups de poing.

bleus : en argot, un bleu est un policier en tenue. Ce mot annonce la rousse de la fin du paragraphe.

– fautes de frappe(s) qu’eût corrigées la rousse : piège de sens ! Il n’est nullement question ici des fautes trouvées dans les dictionnaires, mais plutôt des délits commis par des frappes (synonyme familier de « voyou ») que sanctionne la rousse, appellation argotique de la police !

 

ballotter : attention aux deux paires de doubles consonnes !

zigzaguant : il s’agit ici du participe présent zigzaguant du verbe zigzaguer, et non pas de l’adjectif verbal zigzagant.

hourvari (n. m.) : à l’origine terme de chasse, ce nom désigne dans un langage soutenu un tumulte, un vacarme.

éclair : utilisé comme apposition, ce nom demeure invariable, contrairement à beaucoup d’autres (clé, choc, massue, témoin…)

prémices (n. f. pl.) : ce nom désigne les signes avant-coureurs ; ne pas le confondre avec la prémisse (première proposition d’un syllogisme).

fût : la conjonction de subordination quoique commande le subjonctif (ici, l’imparfait).

Aimé : puisqu’il est précisé que le personnage est éditeur, il s’agit bien sûr d’un homme.

ès étymologies : l’ancienne préposition ès est la contraction de en + les ; le nom qui suit doit donc être au pluriel.

Camille (…) agrippé : Camille est un prénom épicène (c’est-à-dire qu’il a la même forme au masculin et au féminin). Toutefois, il s’agit ici d’un homme, comme l’indiquent le titre (un nomophobe) et le groupe nominal nerd incurable. Il fallait donc accorder agrippé au masculin.

généthliaque (adj.) : qui concerne l’horoscope ; cet adjectif a aussi un sens plus archaïque de « relatif à la naissance d’une enfant ».

Poissons : attention au pluriel ! Dire « Je suis Poissons » est un raccourci pour « Je suis du signe des Poissons ». Il faut donc le mettre au pluriel. En outre, les signes du zodiaque prennent tous la majuscule.

macros : attention au piège de l’homonymie ! Camille étant un « geek » (voire un « nerd »), donc un passionné de nouvelles technologies, il était logique d’écrire macros (mot qui désigne les raccourcis sur un ordinateur).

ils s’étaient donné du… : pour accorder le participe passé d’un verbe pronominal, il faut se demander si le pronom réfléchi (se) est COD ; si c’est le cas, on accorde le participe avec ce pronom ; sinon, comme c’est le cas ici (se est COS), le participe demeure invariable.

 

Lorsque Aimé : lorsque ne s’élide que devant il, elle, on, en, un, une.

vénérés Mémoires : au pluriel, désignant des écrits autobiographiques, les Mémoires sont masculins.

la faq : acronyme de l’anglais Frequently Asked Questions, adapté en français en Foire Aux Questions.

nerd : nom désignant, de manière plus péjorative que geek, un obsédé des nouvelles technologies.

carte du Tendre : le royaume de Tendre fut créé par Mlle de Scudéry (auteure et précieuse du XVIIe s.), qui en imagina la carte, appelée carte de/du Tendre.

McIntosh (…) boskoop : variétés de pommes. Attention à leur orthographe, qui pourrait vous causer quelques… pépins !

la Toile : synonyme de Web, d’Internet, le nom toile s’écrit alors avec une majuscule.

spammeur : personne ou entreprise qui envoie des spams, courriers indésirables appelés par nos cousins québécois « pourriels » (mot-valise : pourri + électronique, d’après courriel).

netiquette / nétiquette : code de savoir-vivre à respecter sur la Toile (mot-valise : Net + étiquette).

bugger (vb) : avoir un bug (défaut d’un logiciel).

buzzer (vb) : créer le buzz (rumeur qui crée l’événement).

livrel (n. m.) : mot-valise formé de livre + électronique, synonyme de l’anglicisme e-book.

 Étiez-vous là l’an dernier ? Si c’est le cas, vous avez peut-être remarqué que certains mots de la dictée étaient déjà présents dans l’édition 2012… Les avez-vous bien écrits, cette année ? Comparez vos erreurs !

          accro

          s’époumoner

          hourvari

          fuchsia

          à l’envi

          parallélépipède

Smartphone, smartphone

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